Mardi 15 mai 2012
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Les champs de bataille de Dan Franck aux Éditions Bernard Grasset, 2012, 288 pages
Quand connaîtra-t-on enfin la vérité sur la terrible arrestation de Caluire, le 21 juin 1943, dans la maison du Docteur Dugoujon ? Ce jour-là, la Gestapo surprend et emmène huit
personnages très importants de la Résistance dont Jean Moulin. Un seul réussit à s’échapper : René Hardy. Raymond Aubrac qui vient de décéder, faisait partie de ceux qui ont été arrêtés par
Klaus Barbie et ses sbires, puis torturés.
Dan Franck, avec le talent qu’on lui connaît, nous place dans le bureau d’un juge d’instruction à la retraite qui tente d’instruire le procès de
René Hardy après que ce dernier ait été gracié à deux reprises. La question se pose toujours de savoir qui a trahi. Qui a donné aux nazis le jour, l’heure et le lieu d’une réunion secrète devant
permettre aux responsables de la Résistance de se réorganiser après l’arrestation du général Delestraing, à Paris, quelques jours avant ?
Dan Franck met le lecteur en situation, au cœur de l’action. Sur place, quand les flics allemands sont descendus de leurs voitures
« c’était un silence de guerre, comme il s’en produit à l’arrière des champs de bataille. » Il dit bien que, lorsque les menottes claquent pour la première fois, celui qui
subit cela, change immédiatement de statut.
René Hardy qui n’était pas invité à cette réunion et qui s’y rend quand même, était lié, avant-guerre, à des mouvements d’extrême droite. Hardy
ne cache pas son hostilité à celui qui se fait appeler Rex, puis Max sous l’occupation : « Max était coco. » La distinction entre droite et gauche est clairement définie
par l’auteur : « À droite, on met en avant l’Homme et ses intérêts qui nuisent aux intérêts des autres. À gauche, on défend l’Homme et ses droits qui ne nuisent pas aux droits des
autres. »
Avec précision et un sens de la description qui lui est propre, Dan Franck montre ce que Jean Moulin a pu voir la dernière fois : la vie
quotidienne dans la rue, dans les autobus croisés entre Caluire et l’École de Santé militaire de Lyon où la Gestapo a établi ses quartiers. Aujourd’hui, ces locaux abritent un musée de la
Résistance qu’il faut visiter.
Ce roman regorge de détails historiques et permet de comprendre le jeu tragique, la lutte pour le pouvoir en France après la guerre. Enfin, il y
a le racisme viscéral de toute cette extrême droite. De Bénouville qui se fait appeler Barrès, était un partisan du général Giraud. Fin 1943, il écrivait dans L’Alerte, une feuille antisémite,
antigaulliste et pétainiste. De son côté, Jean Moulin voulait unir les mouvements de la Résistance, tirant les leçons de l’échec des Républicains espagnols qui ont perdu à cause de leurs
divisions.
Le dernier livre de Dan Franck, on l’aura compris, est une excellente réflexion sur cette histoire dont la version officielle masque souvent les
dures réalités. En plus, il a su mener son récit à son terme de façon très émouvante.
Jean-Paul
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