Rentrée littéraire - Sébastien Spitzer

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Ces rêves qu’on piétine      par    Sébastien Spitzer

Les Éditions de l’Observatoire (2017), 304 pages.

 

Débutant avec Aimé, puis Judah, Fela, Ava ensuite, dans une de ces marches de la mort qui ont suivi l’évacuation des camps de concentration par les nazis puis s’attachant à la vie de Magda, Mme Goebbels, qui vit les dernières heures du Reich dans Berlin assiégée, Ces rêves qu’on piétine m’a captivé, de la première à la dernière ligne. De plus, une postface très instructive répond à toutes les questions que je me suis posées sur la véracité des faits racontés dans ce livre.

 

 

Sébastien Spitzer, avec des phrases courtes, précises, percutantes, souvent sans verbe, colle au rythme de ses histoires parallèles, dès le début du livre. Il rappelle certes des épisodes déjà explorés dans d’autres livres ou films mais cela est rendu avec tellement de précision, de réalisme et une grande intimité avec ses personnages, que ce livre s’annonce comme une véritable sensation de la rentrée littéraire.

 

 

Tenter de comprendre cette folie meurtrière qui a embrasé le XXe siècle n’est pas chose aisée mais l’auteur a eu le courage immense, pour son premier roman, de se plonger dans les archives, dans les livres déjà publiés pour nous faire vivre les derniers moments des pires criminels que le monde ait connu. Leur passé, leur ascension, leurs bassesses, leur volonté d’extermination, rien n’est négligé.

 

 

En parallèle, Sébastien Spitzer (photo ci-dessous) montre toute l’horreur des camps que les nazis tentent d’effacer : « Après ces mois de détention, réduit à la plus simple expression de lui-même, il (Aimé) trouve la force de marcher encore, malgré ses semelle en loques… » Aimé ajoute : « Je souffre donc je suis. » Dans cette grange de Gardelegen où ces survivants sont enfermés, l’atrocité atteint son comble si cela était encore possible.

 

 

Avec l’histoire de Fela, l’auteur rappelle toutes ces grossesses imposées dans les camps, tous ces enfants sacrifiés et ces mères brisées. Il rend hommage à Stanislava Leszczynska, cette sage-femme incarcérée à Auschwitz qui a tout fait pour tenter de sauver quelques nouveau-nés de l’euthanasie. De plus, il n’évacue pas le comportement de certains prisonniers qui n’hésitaient pas à  se mettre au service des nazis, faisant même du zèle.

 

 

Pendant ce temps, Magda vit les dernières heures du bunker alors que les troupes russes envahissent Berlin. Les principaux épisodes de sa vie défilent sans occulter ses moments de faiblesse bien cachés au peuple aveuglé par la folie du parti national-socialiste.

 

 

Richard Friedländer, son père « adoptif », est prisonnier mais elle l’a évacué de ses pensées comme Haïm Viktor Arlozoroff,  son grand amour, héros du sionisme, assassiné en 1933 à Tel-Aviv. Les lettres de Friedländer, créées par l’auteur, décrivent la vie d’un Juif à Berlin dans les années 1930 et la réalité des camps, cette souffrance immense, dépassant bien le pouvoir de chaque mot et l’incompréhension de chacun.

 

 

Il faut lire Ces rêves qu’on piétine pour ne pas oublier, pour tenter de comprendre l’inimaginable et vivre ces heures de libération tant espérées et tellement incroyables alors que tant d’enfants, de femmes et d’hommes sont morts. Lee Meyer, la photographe de guerre, inspirée de Lee Miller, Gary, au volant de sa jeep, et Ava sont là pour témoigner, lutter contre l’oubli de tant de vies détruites.

 

J'ai pu découvrir ce livre dans le cadre des Explorateurs de la Rentrée littéraire de Lecteurs.com et grâce aux éditions de L'Observatoire.

Jean-Paul

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