Chronique littéraire - Aslı Erdoğan

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Le silence n’est même plus à toi      par      Aslı Erdoğan

Chroniques traduites du turc par  Julien Lapeyre de Cabanes

Actes Sud (2017), 170 pages.

 

De formation scientifique, romancière et journaliste, Aslı Erdoğan a subi déjà plus de quatre mois d’emprisonnement pour ses chroniques dans Özgür Gündem, journal pro-kurde, interdit depuis octobre 2016. Remise en liberté, elle attend la décision des juges pour savoir si elle peut reprendre une vie normale car elle ne peut pas répondre aux nombreuses invitations qui l’emmèneraient hors de son pays. Jeudi dernier, 21 septembre, elle était invité à s'exprimer dans La Grande Librairie.

 

 

Le silence n’est même plus à toi, titre très émouvant de ce petit livre est l’une des vingt-neuf chroniques rassemblées ici par l’éditeur. Il faut prendre le temps de lire chacune d’elles car Aslı Erdoğan confie avec une immense sincérité toute sa souffrance, sa révolte profonde devant le sort réservé aux gens de son pays qui demandent un peu de justice, un minimum de considération et de respect.

 

 

« Au pied du mur », titre de la première chronique est révélateur. Présente au cœur d’événements tragiques, elle voit les soldats tirer sur la foule, sur des manifestants drapés dans des drapeaux turcs, « Symboles que les soldats de Mustapha Kemal ont abandonnés aux miliciens de Recep Tayyip. »

 

 

Devant toutes les souffrances endurées par les Kurdes, elle confie : « J’essaie désespérément de me rendre invisible, de me fondre et de m’évanouir dans l’obscurité pâlissante, de me mêler aux ombres, à la pierre, à la terre, de m’enrouler dans un ultime bout d’étoffe arraché aux lambeaux de la nuit… »

 

 

Dans la chronique intitulée De la mémoire, les grands charniers, elle dénonce « Cette prodigieuse faculté à répondre par l’absence et à nous laver les mains des ravages, des massacres et catastrophes que nous avons perpétrés.. » La question kurde revient régulièrement : « Je ne veux pas âtre complice de l’assassinat des hommes, ni de celui des mots, c’est-à-dire de la vérité. »

 

Aslı Erdoğan ne mâche pas ses mots. Après un voyage à Auschwitz, elle écrit : « La Turquie joue une « nuit de Cristal » à sa mesure, les foules prêtes au lynchage envahissent les rues de la ville. » Elle est à Diyarbakır et elle assiste à des scènes d’une violence inouïe. Devant tant de souffrances, elle demande : « Vraiment, qu’est-ce que la justice selon vous, quand chaque jour on assassine, encore, encore et encore… »

 

 

Dans l’avant-dernière chronique : Premier texte, premier silence, elle parle du génocide arménien puis du sort des Kurdes, « ces Kurdes que nous informons, au cas où ils voudraient continuer à vivre parmi nous, qu’ils pourront le faire en se pliant à nos conditions et à nos conceptions… Mais nos réactions, au mieux, ne font que trahir nos propres mensonges et nos propres crimes… »

 

 

Aslı Erdoğan est ainsi, elle ne mâche pas ses mots. Elle décrit ce qu’elle voit, elle dit ce qu’elle ressent pour tenter d’améliorer le sort de tous, sans distinction d’origine. Son style est précis, direct, plein d’émotion et de révolte et de poésie.

Jean-Paul

 

 

 

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