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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 12:53

Zulu     par    Caryl Férey

Gallimard, série noire (2008), 392 pages.

 

Après avoir dévoré avec passion Mapuche et Condor, il fallait obligatoirement revenir en arrière dans l’œuvre de Caryl Férey (photo ci-contre) pour découvrir Zulu, un roman de la même veine que les deux qui ont suivi.

 

 

Avec Zulu, l’auteur nous emmène cette fois en Afrique du Sud, quelques années après la fin de l’apartheid, juste avant cette fameuse Coupe du monde de football de 2010. Comme il sait si bien le faire, l’auteur, au fil d’une histoire palpitante, mène son lecteur au cœur de la vie du pays, dressant un tableau politique et sociétal sans concession.

 

 

À deux reprises, en italiques, le lecteur découvre un horrible récit  d’une scène qui a marqué définitivement Ali Neuman, le Zoulou, alors qu’il n’était qu’un enfant. Depuis, les années ont passé et il est devenu chef de la police criminelle de Cape Town. Bel homme, athlétique, il attire les convoitises féminines mais son passé l’a marqué à jamais.

 

 

Nous le suivons dans le township de Khayelitsha où vit Josephina, sa mère. Khayelitsa avait été prévu pour 50 000 habitants mais, avec l’arrivée de nombreux réfugiés, la population avait grimpé à un, voire deux ou trois millions de personnes.

 

 

Quand Dan Fletcher, son adjoint, l’appelle pour lui signaler qu’une femme blanche a été découverte assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch adossé au flanc de Table Mountain, l’action s’emballe pour ne plus s’arrêter.

 

 

Un autre homme travaille avec Ali, Brian Epkeen. Il se débat avec des problèmes familiaux et se console en accumulant les conquêtes éphémères. Tous les trois, allant souvent au-delà de ce que leurs supérieurs demandent, ils nous mènent dans beaucoup de quartiers et même aux alentours de Cape Town, « la ville phare du pays, petit New York à la plage, où résidait le Parlement. »

 

 

Très vite, on s’aperçoit que les plaies de l’apartheid sont loin d’être cicatrisées et que beaucoup de problèmes subsistent. Nous faisons connaissance avec Nils Botha, un ancien deuxième ligne  Springbok, l’équipe nationale. Malgré les drames qui s’accumulent, l’auteur manie habilement l’humour. Lorsque l'ancien rugbyman gifle sa fille, il note : « Les doigts de son père avaient fait une œuvre paléolithique  sur sa joue. »

 

 

Au fil des pages, nous rencontrons beaucoup de personnes différentes et souvent très peu recommandables, assistons à un trafic de drogues pouvant aller jusqu’aux plus dures mais Caryl Férey n’oublie pas le titre de son livre et décrit aussi plusieurs traditions des Zoulous, émaillant son texte d’expressions de leur langue.

 

 

Trafic, drogue, prostitution, séquences d’horreur avec des tsotsis, ces voyous tueurs de flics, rien ne nous est épargné comme le rappel des massacres perpétrés dans les bantoustans, sortes de réserves pour les noirs, par les miliciens à la solde du pouvoir ségrégationniste.

 

 

Finalement, l’auteur constate que « l’apartheid aujourd’hui n’était plus politique mais sociétal » et que « la corruption touchait tous les échelons de la société. » Malgré cela, Caryl Férey réussit à faire sourire et même rire avant de nous emmener de plus en plus loin dans le cauchemar et de terminer dans le désert du Namib, l’un des endroits les plus chauds du monde.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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