Chronique littéraire - Alain Mabanckou

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Petit Piment      par    Alain Mabanckou

Seuil  (2015), Points (2017) 232 pages.

 

Lire Alain Mabanckou (photo ci-dessous) est un délice et je regrette d’avoir tant tardé à le faire… Petit Piment m’a permis de réparer cette négligence et je me suis régalé.

 

Au fil de son récit toujours prenant, très bien écrit avec un humour bien présent, l’auteur, au travers des souvenirs de son héros, nous emmène à Loango, au Congo, dans un orphelinat. Papa Moupelo, le prêtre qui venait chaque semaine apporter un peu d’air frais aux jeunes pensionnaires, l’avait baptisé Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko, un long patronyme signifiant : « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre de ses ancêtres. » Pas étonnant que tout le monde l’appelle Moïse avant que le surnom qui sert de titre au livre, ne lui soit attribué.

 

 

Papa Moupelo est tout l’opposé du directeur de l’orphelinat, Dieudonné Ngoulmoumako. L’un n’est que tolérance, absolution et rédemption alors que l’autre est fourbe et méprisant. Pour les Ponténégrins, les habitants de Pointe-Noire, cet orphelinat est une prison, dans ce coin perdu de la région de Kouilou.

 

 

Le jeune Moïse n’a qu’un véritable ami, Bonaventure Kokolo, si bavard qu’on l’appelait « mange-coton ». Ils ont 13 ans tous les deux mais leur vie change subitement lorsque leur pays se lance dans la Révolution socialiste, sous la direction du Parti Congolais du Travail.

 

 

Le directeur fait tout pour coller au changement et favorise ses neveux alors que la conséquence directe de ce bouleversement est la disparition de Papa Moupelo. Le jeune Moïse en est bouleversé.

Avec beaucoup d’humour, le narrateur montre toutes les incongruités qui découlent des nouvelles options prises mais lui s’adapte bien.

 

 

Le livre foisonne d’anecdotes, d’histoires qui feraient pleurer si elles n’étaient pas racontées avec humour. La vie change lorsque les jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala qui ont 4 ans de plus, débarquent et s’imposent aussitôt. Comme ils ont maltraité son meilleur ami, Moïse se venge en saupoudrant leur nourriture de piment ce qui lui valut son surnom.

 

 

Ces deux gaillards vont grandement influencer notre garçon qui subit alors un second gros traumatisme avec le licenciement de Sabine Niangui qui était comme une mère pour lui, la mère qu’il aurait voulu avoir.

 

 

Ayant suivi la fugue des jumeaux, Moïse change de vie en se retrouvant à Pointe-Noire et il vit dans la rue. Il fait partie des « Moustiques du Grand Marché » qui sont délogés et doivent se réfugier sur la Côte Sauvage. Pour échapper à cette bande, il se lie avec Maman Fiat 500 et à ses filles « les bordèles » mais ce sera son troisième traumatisme lorsque le maire, François Makélé, lance l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises ».

 

 

La disparition de celle qui avait redonné sens à sa vie, avec un logement et un travail perturbe définitivement l’esprit de Moïse qui se réfugie dans la lecture et le jardinage. L’auteur nous gratifie de scènes désopilantes lors des séances avec le Dr Kilalou, un neuropsychologue.

 

 

Les choses se gâtent de plus en plus. Un guérisseur ne peut rien pour lui jusqu’à ce que Moïse achète un couteau Victorinox à Ahmed XVI, un marchand marocain…

Jean-Paul

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Noodle -  Hébergé par Overblog