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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 21:39

Article 353 du code pénal       par      Tanguy Viel

Les Éditions de Minuit (2017), 173 pages.

 

Les premières pages donnent sans délai le problème à résoudre : au cours d’une sortie de pêche au homard, à 9 km au large du port de Brest si cher à l’auteur, Martial Kermeur pousse Antoine Lazenec, le propriétaire du bateau, à l’eau et l’abandonne. Tranquillement, il ramène le bateau et va affronter la suite des événements tout en racontant ce qui s’est passé au cours des années précédentes.

 

La suite du livre se passe dans le bureau d’un juge âgé de 30 ans, comme Erwan, le fils de Martial qui est incarcéré mais il faudra attendre pour savoir pourquoi. Tanguy Viel fait parler Martial Kermeur qui reconnaît d’emblée : « Je me sentais à ma place »… ajoutant un peu plus loin qu’il s’agit d’ « une vulgaire affaire d’escroquerie. »

 

 

Ainsi, avec une franchise toujours désarmante, il nous apprend qu’il était régisseur du château, chargé de l’entretien d’un parc de 2 ha, ce travail et le logement lui ayant été confiés par son ami, Le Goff, maire de la ville dont Kermeur a été conseiller municipal, cela avant l’arrivée d’un certain Lazenec, au volant de sa Porsche…

 

 

Au fil de ses confidences, ce dernier fait preuve d’une sincérité désarmante, révélant toutes les turpitudes cachées dans une ville sous le charme d’un promoteur sans aucun scrupule. Le récit du dévoilement du projet avec la fameuse maquette présentant la rade de Brest comme une station balnéaire en devenir, est un des temps forts de ce livre qui en compte beaucoup.

 

 

« Lui, Antoine Lazenec, il a fait comme un pionnier qui débarque sur une nouvelle terre. Nous, en Indiens effarés et naïfs, on a hésité sûrement entre une flèche empoisonnée ou l’accueillir à bras ouverts, mais il semblerait bien qu’on ait choisi la deuxième solution. » Tout le drame noué dans ce livre tient dans ces deux phrases mais encore fallait-il conduire le lecteur au bout du récit de façon originale, surprenante et formidablement émouvante. C’est ce qu’a réussi Tanguy Viel dans Article 353 du code pénal.

 

 

Au fil de ce qu’il confie au juge, Martial Kermeur qui porte le même nom de famille que le héros de Paris-Brest, roman de Tanguy Viel (photo ci-contre) paru en 2009, révèle un peu plus tout ce qui a pu amener un homme simple à brader ses 400 000 Francs d’indemnités de licenciement de l’arsenal, et même un peu plus, dans un projet immobilier hypothétique au lieu de s’acheter le bateau de pêche de 9 m, ce fameux Merry Fisher dont il rêve depuis toujours.

 

 

Il détaille ces six années de patience, ces six années durant lesquelles il a eu honte de dire que lui, « un socialiste de 1981 », avait investi son fric dans un projet immobilier. Il raconte aussi cette scène de la grande roue, allégorie palpitante du cauchemar de sa vie. Hélas, dans ce dernier cas, il n’y a pas de marche arrière.

Jean-Paul

 

 

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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