Chronique littéraire - Sophie Divry

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Rouvrir le roman      par     Sophie Divry

Les Éditions Noir sur Blanc (2017) 201 pages

 

Sophie Divry m’avait régalé avec La cote 400 et Quand le diable sortit de la salle de bain, deux romans originaux et superbement menés. Voilà que cette Montpelliéraine, Lyonnaise d’adoption, vient de nous livrer un essai fort instructif : Rouvrir le roman, un livre que j'ai pu lire grâce à Babelio.

 

 

« Je suis romancière, j’ai voulu réfléchir sur l’art du roman, » note-t-elle en introduction, précisant ensuite  que, contrairement à ce que l’on prétend, de grands auteurs ont été aussi de grands théoriciens : Diderot, Mme de Staël, Victor Hugo, Virginia Woolf, Marcel Proust, Jean-Paul Sartre, Paul Valéry, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Ingeborg Bachmann, Aragon, Salman Rushdie, Carlos Fuentes, Italo Calvino, Elsa Morante… excusez du peu !

 

 

Dans la première partie, Sophie Divry s’attaque courageusement aux idées  reçues et plaide pour une pluralité stylistique qui permet de changer de genre et de public. Là aussi, elle cite des exemples dont le plus célèbre, Romain Gary, publiant sous le pseudonyme d’Émile Ajar. « La personne-bloc, homogène et cohérente, n’est pas une personne humaine : c’est un personnage de roman. »

 

 

Certains ont voulu tuer le narrateur en prohibant le passé simple. Dans un petit tableau très parlant, l’auteure oppose tradition et modernité, cite Roland Barthes, Annie Ernaux, Christian Prigent en désamour avec ce temps du passé qu’il ne faut pas se priver d’utiliser si nécessaire.

 

 

L’origine sociale et professionnelle des écrivains mérite un chapitre. Si un livre peut toucher, bouleverser le cœur des lecteurs, il ne peut pas changer le monde. Il y a d’autres moyens plus efficaces. Il arrive aussi qu’un écrivain veuille « venger sa race » comme Annie Ernaux ou Pierre Michon mais ils n’étaient pas issus des milieux les plus pauvres. D’autres ont trahi leur classe en « renvoyant aux dominants un miroir insupportable. »

 

 

Sophie Divry réfute le mythe de l’autonomie absolue, de l’art pour l’art car aucun auteur n’est totalement libéré des contingences du moment. Elle rappelle que l’État est le plus grand subventionneur de la littérature mais, pour qu’il y a ait livre, il faut passer par un éditeur : « Il aide l’auteur en étant le premier à lire le manuscrit, à le juger, à l’améliorer. »

 

 

Le Nouveau Roman, même si cela date déjà, revient souvent dans les propos de l’auteure.  «Le roman ne mourra jamais » et c’est pourquoi il ne faut rien s’interdire comme la seconde partie le montre avec quelques chantiers : bousculer la typographie, le comique comme stimulant littéraire, l’utilisation de la métaphore et la comparaison, la question de la ponctuation dans les dialogues et la narration qui doit être « un ressort assez puissant pour faire tourner les pages. »

 

 

Comme elle l’a confié dans La Grande Librairie du 16 février 2017, Sophie Divry (photo ci-dessus) voulait faire un point d’étape, s’affronter à des idées reçues pour tout mettre à plat en luttant contre les conventions d’écriture. Pour cela, elle conseille de franchir quelques limites en luttant contre l’esprit de sérieux avec fantaisie. Avec Rouvrir le roman, cette jeune romancière a voulu comprendre ce qui se passait en elle tout en contribuant aussi à ouvrir les yeux et l’esprit de beaucoup d’écrivains et de lecteurs.

Jean-Paul

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