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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 18:14

The Girls    par    Emma Cline

Traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

Quai Voltaire – La Table ronde (2016), 331 pages

 

Pour un premier roman, Emma Cline (photo ci-dessous) a réussi une impressionnante fresque intimiste et un tableau sans concession de la société californienne des années 1960 et 1970, The Girls, un livre traduit dans plus de 34 pays et dont on parle de faire un film.

 

 

Evie Boyd, entre deux contrats d’aide-ménagère, se retrouve dans une maison prêtée par un ami, Dan. Au bord de l’océan, elle se voit confrontée à son passé, plus exactement à l’année de ses 14 ans, lorsqu’elle voit débarquer Julian, fils de Dan, une vingtaine d’années, et surtout Sasha, entre quinze et seize ans. Les souvenirs reviennent : « C’est dire à quel point les gens avaient besoin de s’assurer que leurs vies avaient bien eu lieu… » Devant ces jeunes gens, elle reste sur ses gardes : « Je ne voulais pas exposer ma pourriture intérieure, ne serait-ce qu’accidentellement. »

 

 

C’est pour elle alors qu’Evie commence à dévider ce que fut cette année 1969, à Petaluma, en Californie. Connie est son amie grassouillette et, comme elle, elle veut être remarquée : « Ce qui m’importait, en ce temps-là, c’était d’attirer l’attention. » Tout ce temps consacré à cela est gaspillé… « jusqu’à ce que quelqu’un vous remarque, les garçons l’avaient consacré à eux-mêmes. »

 

 

La drogue est omniprésente, sous toutes ses formes. Evie n’y échappe pas. Elle cherche à capter l’attention du frère de Connie, Peter (18 ans), qui prend de l’acide, va dans sa chambre, se caresse l’entrecuisse dans la salle de bains en regardant le magazine de femmes nues de son père…

 

 

Sa rencontre avec Suzanne est déterminante pour ce qui va suivre. Ses parents se sont séparés. Son père est avec Tamar, nettement plus jeune, et sa mère essaie divers hommes. Enfin, la voilà au ranch pour la fête du solstice et la rencontre avec Russell, un véritable gourou, vénéré par tout le monde et qui utilise les filles selon son bon plaisir. « Au ranch, le temps était déroutant. » C’est l’apogée du mouvement hippie, aux USA.

 

Si Evie revient au ranch, c’est pour Suzanne : « Depuis que j’avais rencontré Suzanne, ma vie avait pris un relief tranchant et mystérieux, qui dévoilait un monde au-delà du monde connu… » Russell l’affirme : « Nous étions en train de bâtir une nouvelle société… Sans racisme, sans exclusion, sans hiérarchie. C’est ainsi qu’il présentait la chose, un amour plus profond… » La réalité est bien plus difficile à vivre. Evie voit tout ce qui ne va pas : la saleté, le désordre, l’alimentation insuffisante et déséquilibrée, les enfants négligés… mais elle cherche le contact physique avec Suzanne (19 ans), elle en a besoin.

 

 

Russell chante, joue de la guitare et veut enregistrer. Pour cela, il compte sur Mitch Lewis, artiste à succès qui fournit la coke et se sert des filles pour assouvir ses besoins sexuels. Comme il faut de l’argent pour le ranch, Evie en prend chez elle, participe à une expédition qui se termine très mal comme cette année 1969, rappelant les assassinats commis par Charles Manson et les membres de sa « Famille »…

 

 

« Je pensais que le fait d’aimer quelqu’un constituait une sorte de protection, que la personne aimée comprenait l’ampleur de vos sentiments, et agissait en conséquence. Cela me paraissait équitable, comme si l’équité était une dimension dont se souciait l’univers. » Evie a échappé au pire, spectatrice et fugitive à la fois, elle est sortie définitivement de l’enfance mais à quel prix ?

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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