Chronique littéraire - Valentine Goby

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Un paquebot dans les arbres    par    Valentine Goby

Actes Sud (2016), 266 pages.

 

Mathilde Blanc se rend en pèlerinage sur le site du sanatorium d’Aincourt (Val d’Oise) dont « il ne reste rien ». Son père y est mort le 1er juillet 1962, cinquante ans auparavant. L’établissement comptait cinq cents lits pour hommes, femmes, enfants, répartis en trois pavillons, l’un des plus grands sanatoriums de France. Maintenant, on y tourne des films d’horreur mais les lieux abandonnés servent aussi de cadre à des parties de paint-ball et il ne faut pas oublier que, sous Vichy, dès 1940, ce fut un camp d’internement avant la déportation et la mort.

 

 

Mathilde se souvient et nous raconte l’histoire étonnante et bouleversante de la famille Blanc. Cela commence au Balto, l’épicerie-bar-tabac-journaux du village, à La Roche-Guyon. Paul Blanc, son père, se déchaîne avec son harmonica Hohner pour faire danser tout le village. Son bonheur est à son comble avec « ses trois femmes » : Odile, l’épouse, qui porte Jacques, le petit dernier, Annie, la fille aînée (16 ans) qui adore danser la valse avec lui, et Mathilde (9 ans) qui est un casse-cou, un trompe-la-mort et qu’il appelle toujours « mon p’tit gars ».

 

 

La vie de la famille Blanc bascule après un accident de voiture qui laisse de terribles douleurs costales à Paul, souvent appelé Paulot. Mathilde apprend de nouveaux mots : pleurésie, bacille, un mot interdit aux enfants, puis le mot capital : sanatorium. Ces mots nouveaux apportent le malheur et elle les redoute encore plus lorsque « tuberculose » est prononcé.

 

 

« L’hôpital des poumons » accueille Paul pour deux mois mais ce n’est que le début d’un engrenage infernal. À l’école, Mathilde n’a plus que Jeanne, la simplette du village, qui accepte de s’asseoir à ses côtés. On la traite de « fille de tubard. » Pourtant, elle se bat jusqu’au bout alors qu’elle aurait pu baisser les bras depuis bien longtemps.

 

 

Sur son chemin, outre la solidarité familiale pas toujours unanime, elle rencontre une directrice de lycée et des professeurs qui lui permettent de ne pas s’oublier totalement alors qu’elle se bat pour réunir encore et toujours cette cellule familiale synonyme de bonheur.

 

 

Sans se décourager, elle va régulièrement à Aincourt où les bâtiments blancs, dans le parc du sanatorium, font penser à un paquebot dans les arbres mais le début de ces années 1960 est marqué par la guerre d’Algérie, ses conséquences dans la vie locale avec le retour d’Antoine, frère de Jeanne, le racisme, les drames qui endeuillent l’actualité, les manifestations, la censure et les victimes innocentes de l’ OAS (« Sa folie est sans limites ») et du FLN.

 

 

Tout au long de ce livre, Valentine Goby (photo ci-contre) emporte son lecteur avec un style léger, précis, dense, imagé, très agréable à lire. Ce livre n’aurait pas dû être oublié au moment de la distribution des prix, à l’automne 2016. Un paquebot dans les arbres aborde d’une manière profondément humaine les drames causés par la tuberculose, un peu comme Némésis, de Philippe Roth, à propos de la poliomyélite.

Jean-Paul

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