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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 14:04

Règne animal    par    Jean-Baptiste Del Amo

nrf – Gallimard (2016), 418 pages.

Prix du Livre Inter 2017

 

Pour son quatrième roman, Jean-Baptiste Del Amo (photo ci-contre) a frappé très fort et sûrement dérangé beaucoup de consciences car, contrairement, à ses ouvrages précédents qui avaient été salués par la critique, Règne animal n’a jamais été cité pour une récompense quelconque… Pourtant, ce livre est remarquablement écrit avec un souci du détail digne des tableaux de Brueghel.

 

 

Toute l’action se déroule dans une ferme, près du village fictif de Puy-Larroque, au cœur du Gers. Le XIXe siècle se termine dans cette « campagne hostile, terre rétive qui finira bien par avoir leur peau. » Le père et la mère, nommée la génitrice avant de devenir la veuve, élèvent des cochons, plus quelques vaches et une jument pour les labours. Après plusieurs fausses couches, Éléonore est venue au monde. Elle tente de faire sa place, mène et garde les porcs dans la chênaie. Le père étant malade, le cousin Marcel vient vivre chez eux. Il va avoir 19 ans.

 

 

Au fil des pages, nous sommes plongés dans le quotidien de cette ferme et les diverses tâches accomplies sont décrites avec une précision remarquable. Le cimetière du village est important et revient souvent, semblant animé d’une vie souterraine.

 

 

Hélas, l’été 1914 arrive. Les femmes ont fait la grande lessive, les hommes commencent à faucher. « Le jour de sa communion solennelle, Éléonore fait en secret le vœu de bannir tout sentiment, toute inclinaison religieuse. » Il faut dire que le comportement du Père Antoine, curé du village, n’est pas favorable à cela. La vie des paysans est rude : « Aucun d’eux ne peut traverser la vie sans sacrifier un membre, un œil, un fils ou une épouse, un morceau de chair… »

 

 

C’est la guerre ! Tous les hommes de 18 à 40 ans sont mobilisés mais qui fera les moissons ? « Mis à part ceux qui gardent le souvenir de 70, la guerre est une abstraction… et ils agitent leur main pour saluer la sœur, la mère, l’amante qui pleure sur la place de Puy-Larroque. » Alors, les femmes… « Elles apprennent à aiguiser la lame des faux, elles empruntent le chemin des champs, le manche des outils sur l’épaule, vêtues de leurs robes grises… » L’auteur réussit des pages magnifiques sur le rôle de celles qui ont tout assuré pendant l’absence des hommes… à lire absolument.

 

 

Les premiers avis de décès arrivent. Éléonore vit dans le souvenir de Marcel. « La guerre ravive la foi vacillante. » On réquisitionne le bétail et nous voici dans les trains puis à l’arrivée où quinze équipes de bouchers doivent fournir 2 000 kg de viande pour un régiment d’infanterie, une apocalypse aussi pour les animaux massacrés… Quelle description de la guerre avec Marcel en plein champ de bataille !

 

 

Quand le cauchemar est terminé, « la peur, la douleur et la honte ont saccagé le désir… » mais la vie doit continuer pour passer subitement à 1981, toujours dans la même ferme où Henri, le patriarche, avec Serge et Joël, ses deux fils, a monté une porcherie hors-sol grâce aux crédits de la Politique Agricole Commune… Quelle débauche de traitements pour pallier carences et déficiences volontairement créées par l’homme ! Les porcs n’ont plus de défenses immunitaires pour donner toujours plus de viande et le lisier envahit tout… Après avoir lu des pages aussi fantastiques où rien ne manque, odeurs comprises, peut-on encore se délecter de cette viande qui envahit les bacs des super et hypermarchés ?

 

 

Jusqu’au bout, Jean-Baptiste Del Amo est passionnant sur les pas de ces paysans devenus exploitants agricoles ne respectant plus ces animaux élevés pour l’abattage alors qu’enfin « la Bête, le Règne animal, reprend sa Liberté, échappe aux hommes et à leur folie. »

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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