Chronique littéraire - Caryl Férey

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Condor    par    Caryl Férey

Gallimard, série noire (2016), 410 pages.

 

Après Mapuche, paru en 2012, Caryl Férey (photo ci-contre) est passé de l’autre côté des Andes, quittant l’Argentine pour le Chili afin de continuer à explorer la vie des Indiens Mapuche mais aussi à nous remettre en mémoire les ravages causés par une autre dictature tout aussi sanglante.

 

 

Il lui a fallu quatre ans de travail, de lectures et de recherches pour documenter un thriller qui va bien au-delà de ce qu’on attend d’un livre classé série noire. Ici, c’est Gabriela, jeune femme mapuche qui conduit l’histoire emmenant le lecteur de Santiago jusqu’au désert d’Atacama en passant par l’Araucanie, le Wallmapu, territoire mapuche, et Valparaiso, dans ce pays qui s’étire tout en longueur le long de l’océan Pacifique.

 

 

C’est justement dans ce désert d’Atacama, à plus de 5000 m d’altitude que se concentrent toutes les convoitises afin d’exploiter les métaux rares comme le lithium en détruisant sans vergogne les nappes phréatiques présentes sous des déserts de sel appelés salars.

 

 

L’intrigue se noue dans la capitale d’un pays où les immenses blessures causées par la dictature de Pinochet sont loin d’être cicatrisées. S’ajoute à cela l’extrême pauvreté de certains quartiers comme celui de La Victoria et un trafic de drogue qui prospère dans ce pays qui, dès 1974, est devenu la première économie néolibérale du monde : « Ils avaient privatisé la santé, l’éducation, les retraites, les transports, les communications, l’eau, l’électricité, les mines et puis ils avaient privatisé la Concertation. »

 

 

Révoltée par la mort du jeune Enrique (14 ans), Gabriela veut connaître la vérité et trouve de l’aide auprès de Stefano, de retour d’exil depuis 1990, et de « l’avocat des causes perdues » : Esteban.

 

 

Régulièrement, l’auteur fait le point sur l’après dictature et sur les dégâts causés par le Plan Condor qui visait à « l’extermination d’opposants politiques sans jugement ni procès. » Huit cents enquêtes ont été lancées contre ces criminels mais seulement soixante-et-une ont été menées jusqu’au bout. Ce Plan Condor voulu par Pinochet avec la CIA et mené au Chili, en Uruguay, au Brésil, en Argentine, au Paraguay, en Bolivie et dans le monde entier a causé la mort de 60 000 personnes !

 

 

Au cours du récit, nous découvrons le poème épique écrit par Esteban en hommage à Victor Jara, Colosse aux mains brisées, et Catalina Ester Gallardo Moreno, une des nombreuses victimes des tortures les plus ignobles perpétrées après la mort de Salvador Allende. Ce texte, Condor live, Bertrand Cantat, avec ManuSound et Marc Sens, le fait vivre de manière époustouflante sur scène.

 

 

Après une plongée en territoire mapuche qui permet de découvrir les croyances de ce peuple au travers du voyage mystique de Gabriela, le récit devient de plus en plus palpitant et renversant avec des scènes superbement écrites.

 

 

Dans Condor, Caryl Férey réussit à nous faire vivre dans ce pays, dans ces paysages lointains si différents des nôtres et tient en haleine son lecteur jusqu’au bout dans « un pays de gueux dressés à coups de trique »« Amitié, poésie, tendresse, désir, peur, amour » bouleversent Gabriela qui peut enfin lire la chanson de Catalina pour son Colosse.

Jean-Paul

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