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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 18:49

Tropique de la violence    par    Nathacha Appanah

nrf - Gallimard (2016), 174 pages.

Prix France Télévision 2017

 

Dès les premières lignes de son sixième roman, Nathacha Appanah suit les pas de Marie qui, à 23 ans, quitte sa vallée, termine ses études d’infirmière un an plus tard et craque pour Cham, infirmier lui aussi, originaire de Mayotte. Elle l’épouse et le suit, à 28 ans, lorsqu’il revient sur cette île française nichée dans le canal du Mozambique, entre Madagascar et le continent africain.

 

L’auteure écrit simplement, de façon efficace et précise, permettant au lecteur de s’imprégner peu à peu de la vie, là-bas, où les clandestins ne cessent d’arriver sur ces embarcations de fortune, appelées kwassas kwassas. Devant la préfecture, la foule attend un permis de séjour alors qu’en face, c’est devant le dispensaire qu’une autre foule espère obtenir un ticket…

 

Marie veut avoir un enfant, sans succès. Elle donne à manger, chaque jour à une petite fille de clandestins qu’elle croise sur la plage mais sa vie bascule lorsque Cham la quitte pour une Comorienne et refuse de divorcer. Aussi, elle n’hésite guère lorsqu’une jeune fille lui donne son bébé aux yeux de couleurs différentes, un noir et un vert, l’hétérochromie. Elle le prend, l’appelle Moïse et l’élève sans oublier tous ces enfants qui naissent dans la maternité de Mamoudzou, la plus grande de France !

 

Moïse a grandi. Il lit et relit toujours L’enfant et la rivière de Henri Bosco mais sa mère qui souffre de maux de tête, rêve de revenir au pays et ses rapports avec son fils se dégradent de plus en plus.

À partir de là, Nathacha Appanah (photo ci-dessous) qui est née à Mayotte et y a vécu les premières années de sa vie, nous plonge dans le drame avec une tension grandissante sous « ce soleil de Mayotte qui fait craquer les dalles de béton et éclater le goudron. » Tour à tour, parlent Moïse, Bruce, Olivier, Stéphane puis Marie à nouveau.

 

Bruce, s’appelle en réalité Ismaël Saïd. Il est le caïd de Gaza, nom donné au quartier déshérité de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou : « Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela… » Et c’est la France !

 

Nous partageons la vie de ces clandestins toujours plus nombreux sur cette île de 200 000 habitants mais qui en compte plus du double. Nous suivons les tentatives inutiles pour sociabiliser ces gosses qui sombrent vite dans le vol, la drogue (le chimique), et la délinquance.

 

Devant un tel constat, que faire ? Tropique de la violence ne propose aucune solution miracle mais ce roman à la fois très réaliste et très poétique suscite émotion et révolte. Il brise le silence qui s’installe aussitôt après l’agitation médiatique sporadique que suscite le passage d’un politique venu de métropole.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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