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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 10:41

Le début… la suite… la fin     par   Leny Escudero

Autoédition (2015) 375 pages

 

D’une terrible cruauté, le titre du dernier livre de Leny Escudero, paru quelques mois avant sa mort, nous renvoie à la disparition d’un artiste si injustement boudé par les médias qui n’hésitent pas à nous inonder de rétrospectives, d’émissions hommages, pour d’autres.

 

Si nous ne contestons pas cela, cette inégalité de traitement nous fait hurler à l’injustice. Leny Escudero, dans la chanson française, fait partie des plus grands. Espérons que ce temps qui passe si inexorablement finira par lui rendre justice.

 

Dans cette seconde partie de sa biographie, il remonte à l’histoire terrible de ses parents, Julian et Braulia, dans un petit village des Pyrénées espagnoles, à 1 500 m d’altitude où la forêt appartient à un châtelain. son père est bûcheron.

 

Leny raconte alors ce qu’il a vécu à quatre ans et qu’il a écrit dans une chanson bouleversante : Vivre pour des idées. « Le châtelain a eu la confirmation que dans cette maison personne ne sait lire et écrire. Et c’est bien, parce que quand les pauvres savent lire et écrire ça leur donne des envies et c’est pas bon pour les châtelains quand les pauvres ont des envies. »

 

Puis c’est la fuite devant l’avancée des franquistes après que sa mère en ait tué deux qui s’en prenaient à sa sœur aînée, âgée de douze ans. « Mon p’tit père a expliqué que le Général Franco avait trahi son serment fait à la République. Que c’était un coup d’état militaire… Maintenant, nous allons essayer d’aller à Irun. »

 

Comment ne pas être marqué à vie par de telles épreuves vécues si jeune. Nous sommes en 1939 et Leny a à peine six ans. À Barcelone : « Les Catalans nous traitent comme des étrangers. » Braulia met au monde Rosina, son huitième enfant. Il faut fuir encore car « la République est morte. »

 

Il faut passer en France « le pays des Droits de l’Homme », fuir les mitrailleuses de l’aviation de Mussolini et de la Légion Condor… Leny se retrouve seul et vit des épreuves qui s’accumulent. Devant autant de souffrances pour lui et les siens, il confie : « Je n’ai pas la foi et je ne l’ai jamais eue et je sais que je ne l’aurai jamais, parce que pour cela il me faudrait me reconstruire entièrement. Que ça ne serait plus moi. »

 

Seul avec sa petite sœur, il sait que « des réfugiés républicains espagnols ont été reconduits à la frontière pour être livrés aux assassins de Franco… ces mêmes uniformes arrêteront des français parce que juifs, résistants, communistes ou pas. » Un commissaire de police « seulement républicain » a monté une filière d’évasion du camp d’Argelès et son père a pu s’échapper.

 

 

Seul, il apprend à parler et à lire le français : « …je lis tout ce que je trouve. » La famille s’est retrouvée et Leny a très tôt une conscience politique : « J’ai su à neuf ans que Staline assassinait la révolution. »

 

Les chapitres sont souvent courts car Leny égrène ses souvenirs. À la Libération, il assiste à « la sale besogne » des « Résistants de la dernière heure » transformés en « tortionnaires ».

 

Le temps passe et les amours aussi. Il passe le brevet pour tenter le concours d’entrée à l’École Normale d’Instituteurs. Hélas, sa nationalité espagnole ne lui permet pas de se présenter à ce concours et sa vie prend une autre tournure avec les métiers du bâtiment mais il a raconté la suite dans Ma vie n’a pas commencé (Le Cherche-midi).

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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