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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 14:25

L’école des colonies   par   Didier Daeninckx

Hoëbeke (2015), 135 pages.

 

Ce magnifique livre des éditions Hoëbeke est bien dans la ligne choisie par cette maison d’édition qui ose sortir des sentiers battus. Son grand format permet de découvrir, d’apprécier, de comprendre et aussi d’être choqué par ce qui était présenté comme la vérité dans les écoles de ce qu’on nommait « nos colonies ».

 

 

Quoi de mieux que la plume précise et alerte de Didier Daeninckx pour nous emmener au début du mois de septembre 1945, au cœur de la Kabylie, sur les pas du nouvel instituteur, Roger Arvenel, arrivant à Tigali ? C’est lui qui raconte, à la première personne du singulier.

 

 

Les formules toutes faites, les a priori fleurissent et sont véhiculés par les plus hauts responsables : « les caractéristiques de leur race résistent à toutes nos entreprises. Paresse, envie, simulation, agressivité… » L’administrateur communal poursuit et prévient l’enseignant : « En donnant l’illusion à nos protégés qu’ils peuvent être nos égaux, on ne fait que fabriquer des déclassés, des aigris. »

 

 

Heureusement, il y a les superbes cartes Vidal-Lablache, les tableaux Rossignol mais on trouve aussi des extraits de livres de lecture ou de ce livre de géographie du cours moyen (1925) : « Une grande puissance comme la France ne peut se passer de colonies. Les colonies constituent un marché important où la métropole se procure à bon compte les matières premières et les produits alimentaires dont elle a besoin… » Tout est dit.

 

 

Le jeune enseignant ne comprend pas pourquoi ses élèves, habillés de guenilles et dont deux seulement sont chaussés, s’endorment en classe. Il découvre pourquoi un peu plus tard alors que l’armée débarque dans le village à la recherche de bandits et que les cours sont suspendus.

 

 

Il correspond avec ses camarades de l’École Normale et voilà qu’Armand lui répond du Sénégal. Il lui décrit une situation encore pire car ses élèves sont utilisés comme des bêtes de somme et il reconnaît que l’instituteur ne fait que du dressage.

 

 

Une autre lettre lui arrive du Vietnam, d’Indochine où Jean-Pierre enseigne à Lao Bang, à 300 km d’Hanoï. La situation est très compliquée car Hô Chi Minh a proclamé l’indépendance. Comme le général Giap, tous ces hommes sont issus de nos plus grandes écoles…

 

 

Depuis Madagascar, Patrick parle de l’insurrection pour l’indépendance. La France envoie des tirailleurs sénégalais, algériens, marocains pour tenter de mater les Malgaches qui veulent simplement la liberté et qui sont massacrés…

 

 

Après avoir expliqué la fabrication du vin à ses élèves, Roger Arvenel se demande pourquoi on produit ici des millions d’hectolitres d’une boisson que les gens du pays ne consomment pas alors que le blé manque pour faire du pain…

 

 

Enfin, c’est Marie-Joëlle qui lui écrit de Nouvelle-Calédonie. Elle est en poste à Nouméa et sa première visite a été « pour la modeste maison où Louise Michel, après son incarcération à la presqu’île Ducos, a enseigné aux enfants des communards déportés. » Elle apprenait aussi le français et le calcul aux gamins canaques. Là-bas, « le Code de l’indigénat… supprimé par l’Assemblée nationale… impose toujours sa loi. »

 

Revenu en Charente-Maritime, Roger Arvenel répond à ses amis le 17 octobre 1957. En Algérie, c’est la guerre : « Je pars dans la lueur des incendies, dans les hurlements des martyrs, moi qui était venu là pour apporter la lumière et la poésie. »

 

 

Ce livre est d’une importance immense au moment où l’on déplore, comme l’historien Benjamin Stora, que la France n’ait toujours pas réglé son passé colonial, cette « mémoire du sud » qui pèse toujours aussi lourd aujourd’hui.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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