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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 11:24

L’ombre de ce que nous avons été   par Luis Sepúlveda

Traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hansberg

Métailié (2010), 149 pages.

 

Dans le Chili d’après, ils se retrouvent, de retour d’exil, et les souvenirs remontent car les vieilles blessures ne sont pas refermées. Il y a eu cette première attaque de banque de l’histoire de Santiago, par quatre hommes dont Durruti, anarchiste espagnol, le 16 juillet 1925. Puis l’auteur nous parle aussi d’un certain Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, connu dans les milieux bohèmes de l’époque mais passé à la postérité sous le nom de Pablo Neruda.

 

 

La dictature a tellement fait de victimes, tellement brisé de destins, profondément modifié le cours de la vie des Chiliens que chaque rencontre fait remonter les souvenirs douloureux, à la surface. Luis Sépúlveda qui a vécu au cœur de ces années d’espoir sait en parler avec précision, tendresse, émotion avec toujours un peu d’humour.

 

 

On rencontre un vendeur de poulets rentré au pays après dix ans d’exil en Suède. Ceux qui avaient fui en Espagne rêvaient de revenir au Chili pour ouvrir un bar dans ce pays qualifié « d’heureuse image de l’Éden » dans l’hymne national.

 

 

Une violente dispute conjugale entre Conceptión García et Coco Aravena se termine en drame puis Lucho Arancibia fait des mots croisés dans l’édition dominicale d’El Mercurio et les souvenirs remontent : « …quand les jeunes filles communistes nouaient le foulard rouge autour du cou des camarades et les embrassaient pour leur donner un avant-goût du nectar de l’amour des jours à venir. »

 

 

Rien n’était simple pourtant avec ces grèves menées par des groupes toujours plus extrémistes, ces exclusions des jeunesses communistes après la mort du Che en Bolivie. Enfin, ce retour au pays : « on ne revient pas de l’exil, toute tentative est un leurre, le désir absurde de vivre dans le pays gardé dans sa mémoire. Tout est beau dans le pays de la mémoire… »

 

 

L’auteur évoque aussi le GAP, l’escorte du Président Allende dont il a fait partie. L’inspecteur Crespo et son adjointe, Adelita Bobadilla, née après 1973, « aux mains propres », enquêtent et là aussi, le passé remonte à la surface. Souvenirs d’humiliations, comment la droite a fait sortir illégalement des devises du pays pour le priver de dollars car « …les Nord-Américains avaient donné un chèque en blanc pour couler le pays. »

 

 

Finalement assez pessimiste sur ce qui attend son pays, Luis Sepúlveda constate les lenteurs de la justice, la dérive qui entraîne la police comme l’avoue Crespo à Adelita : « Bientôt on annoncera la privatisation de la police et tout ce en quoi tu crois sera laissé aux mains de mercenaires. »

 

 

Lolo Garmendia, Lucho Arancibia, Coco Aravena et Salinas sortent sous la pluie, à 5 heures du matin et se rendent au Joyeux Dragon… Une lettre écrite par un anarchiste conclut cette histoire d’hommes et de femmes toujours attachés à leur idéal et relevés par d’autres lorsque leur parcours s’achève. Hélas, ils ne sont plus qu’une ombre…

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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