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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 17:35

Le liseur du 6h 27  par Jean-Paul Didierlaurent

Au Diable Vauvert (2014), Folio (2015) 192 pages.

 

Quand on s’appelle Guylain Vignolles, il est difficile d’échapper à la contrepèterie malheureuse qui vous poursuit toute votre enfance… « même Ghislain aurait suffi à son bonheur. » En quelques mots, Jean-Paul Didierlaurent a présenté son homme, âgé de 36 ans qui fait croire à sa mère qu’il travaille dans l’édition alors qu’il pilote une machine terrible, « La Chose » qui détruit systématiquement tous les livres engouffrés dans son antre…

 

 

Cela ne serait pas si extraordinaire si ce héros qui n’a de cesse que de se faire oublier depuis 36 ans qu’il existe, n’avait pas une passion : il lit chaque matin, à haute voix, dans son wagon du RER, assis sur un strapontin, une ou deux pages de format 13 x 20, et tout le monde l’écoute : « Comment leur expliquer qu’il ne faisait pas ça pour eux ? »

 

 

Piloter cette Chose, une Zerstor 500, du verbe allemand zerstören, détruire, est un véritable cauchemar pour Guylain qui aime tant lire et ne peut sauver que quelques pages du massacre en prenant de grands risques. « La Chose était née pour broyer, aplatir, piler, écrabouiller, déchirer, hacher, lacérer, déchiqueter, malaxer, pétrir, ébouillanter. »

 

 

Heureusement, il y a Yvon Grimbert qui, dans sa guérite, à l’entrée de l’usine, ne lit que du théâtre classique, un virtuose de l’alexandrin ! Pendant la pause de midi, avec lui, il peut oublier Lucien Brunner, « un abruti irrécupérable. Irrécupérable et dangereux. » Il peut oublier aussi Félix Kowalski, le chef de la STERN (Société de traitement et de recyclage naturel).

 

 

Petit à petit, la lecture de ce livre devient de plus en plus délicieuse malgré un réalisme difficile à accepter lorsque nous rencontrons Giuseppe Carminetti, un ancien collègue de travail dont les jambes ont été broyées par la Chose… Cela devient vraiment savoureux lorsque Guylain se laisse entraîner par deux octogénaires, les sœurs Delacôte, pour aller faire la lecture aux Glycines, une maison de retraite, chaque samedi matin.

 

 

Enfin, il y a cette clé USB trouvée par hasard près de son strapontin. Guylain y découvre les textes d’une certaine Julie, dame-pipi dans un centre commercial : « Sainte Aude-Javel, la sainte patronne des dames-pipi. » C’est ce qu’il va lire désormais à haute voix : « Julie couchait son quotidien sur de petits calepins au milieu de 14 717 faïences qui l’entouraient. »

 

 

Foisonnant de remarques et d’anecdotes, nous emmenant de surprise en surprise, Le liseur du 6h 27 passe par du speed dating, aussi par la Médecine du travail où Guylain est accueilli par « une assistante pâlotte… » et « un toubib au bronzage pain d’épice », avant un dénouement qui ne peut que ravir le lecteur.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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