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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 10:52

Suprême régal pour lecteurs (4)

 

Le dimanche est la dernière journée des Correspondances et, au petit matin, les ruelles de la vieille ville sont bien tranquilles.

 

 

Place Marcel Pagnol, Éric Vuillard est avec Michel Abescat pour son 14 Juillet (Actes Sud). Quelle bonne idée de remettre les choses en place pour sortir de cette histoire officielle qui oublie trop souvent les gens du peuple pour ne retenir que quelques noms de puissants ou de gens haut placés qui n’ont eu, finalement, qu’un rôle insignifiant ! Éric Vuillard part de l’émeute Réveillon, en avril 1789, émeute qui a causé la mort de trois cents personnes pour mettre en avant les invisibles. Son important travail sur les archives lui a permis de sortir quelques noms de l’oubli et de rappeler que ces gens travaillaient, qu’ils étaient manouvriers, passementiers, par exemple. Quant aux moments oubliés par l’Histoire, il faut les raconter, les imaginer et c’est tout le travail de l’écrivain qui rend cette Bastille et ce 14 Juillet au peuple, à tous les peuples.

 

 

                                                               Une heure avant le début de la rencontre avec Magyd Cherfi, il n’y a plus une place assise de libre et c’est devant une foule énorme que Maya Michalon présente celui qui est devenu parolier et chanteur de Zebda, auteur de Ma part de Gaulois (Actes Sud). Son écriture est liée à l’urgence de tous les jours et à cette actualité féroce qui voit l’arrivée de la gauche au pouvoir et, au final, des jeunes toujours cantonnés dans leur cité. Magyd Cherfi dit son amour pour la langue française, pour la France et multiplie les anecdotes émouvantes ou désopilantes de sa vie dans la cité. Il n’hésite pas à affirmer que le droit de vote aurait dû être donné à tous les immigrés, dès 1981, que la gauche a manqué trop de rendez-vous. Lui qui avait honte d’entendre ses parents baragouiner en français ajoute : « Je suis athée. Je suis Pyrénéen, je suis Français mais on me renvoie toujours aux origines de ma famille… »

Quand il lit un extrait de son livre, c’est génial et cela se termine par un tonnerre d’applaudissements. Il faudrait vraiment tirer les leçons de tout ce qu’il écrit car son témoignage permet de comprendre ces problèmes qu’aucune solution simpliste d’exclusion ne permettra de résoudre.

Place de l’hôtel de ville, Laurent Mauvignier répond aux questions de Sophie Joubert à propos de Continuer (Minuit). L’auteur aime se mettre dans l’inconfort, changer de style d’un livre à l’autre, écrire pour le théâtre, le cinéma et se mettre en danger. Il affirme vouloir continuer tous les jours à faire ce qu’il ne sait pas faire : écrire.

 

 

 

 

C’est avec Caryl Férey que, Ghislaine et moi, nous terminons ces Correspondances 2016. D’abord place de l’hôtel de ville puis au théâtre Jean-le-Bleu pour le concert de Bertrand Cantat d’après son roman : Condor (Gallimard, série noire).

Au centre de la vieille ville, Yann Nicol rappelle Mapuche (folio policier), ce roman à propos du terrible sort réservé aux indiens Mapuche sous la dictature militaire en Argentine. Cette fois, le nouveau thriller de Caryl Férey nous entraîne au Chili, une écriture qui lui a demandé près de quatre années de travail. Là-bas, les Mapuche sont considérés comme des terroristes, leurs terres sont vendues pour exploiter la forêt et ce pays n’a pas jugé ses bourreaux, contrairement à l’Argentine.

 

Allégorique et incandescent, Condor live, le concert de Bertrand Cantat avec ManuSound et Marc Sens a transcendé l’œuvre de Caryl Férey dans un théâtre comble et complet longtemps à l’avance. L’auteur lui-même a présenté le spectacle laissant la place à un artiste étonnant de présence et à la voix aux ressources immenses. Nous étions soulevés, emportés, plongés dans l’horreur de la répression et de la fuite du Colosse et de Catalina qui traversaient les pires épreuves tout en démontrant un amour et une confiance mutuelles émouvantes. Ce final extraordinaire a laissé le public debout pour ovationner longtemps artistes et auteur réunis sur la scène faisant de ces Correspondances 2016 un rendez-vous inoubliable.

 

 

 

 

Enfin, nous remercions bien sincèrement Maëlle sans qui nous ne serions pas allés à Manosque, ainsi que Gwen pour sa présence efficace  et Dominique de lecteurs.com.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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