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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 12:43

Némésis par Philip Roth

traduit de l’anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier

nrf-Gallimard (2012). 225 pages

 

Avec pour titre, Némésis, nom d’une déesse grecque de la juste colère des dieux pour évoluer ensuite et désigner cette force obscure envoyant la mort comme juste punition, ce roman de Philip Roth emmène à nouveau le lecteur dans Newark, immense ville jouxtant New York. L’auteur connaît bien les lieux puisqu’il y est né en 1933, dans le quartier de Weequahic où il situe une partie de l’histoire.

 

 

Nous sommes en 1944, le 4 juillet, et quarante cas de poliomyélite viennent de se déclarer dans une ville ayant connu pareille épidémie en 1916. Il n’existe alors aucun remède, aucun vaccin et la polio frappe de paralysie surtout les enfants mais aussi les adultes. Il fait très chaud cet été-là et nous allons suivre le destin de Bucky (Eugène) Cantor, professeur d’éducation physique de 23 ans, de petite taille mais excellant en gym, au lancer de javelot et en haltérophilie. Son engagement dans l’armée US avait été refusé à cause d’une vue trop basse. Il vivait cela comme une frustration énorme, pensant souvent à ses deux meilleurs amis, Jake et Dave, en train de combattre en France.

 

 

« Son visage était le visage robuste, indestructible, intrépide d’un jeune homme vigoureux sur qui on pouvait compter », le décrit un des enfants du quartier devenu adulte. La mère de Bucky était morte en couches et il n’avait pas connu son père, un escroc. Élevé par une grand-mère parfaite et un grand-père ayant immigré depuis un village juif de Galicie polonaise, il trouve dans l’amour de Marcia un réconfort important et surtout l’espoir d’une vie bien meilleure.

 

 

Hélas, la maladie frappe aveuglément. Mr Cantor rassure les parents affolés, résiste courageusement à la provocation de dix jeunes Italiens venus cracher sur le terrain de sport pour donner la polio dans son quartier. Le père de Marcia, le Dr Steinberg lui parle : « Moins il y aura de peur, mieux cela vaudra. La peur fait de nous des lâches. La peur nous avilit. Atténuer la peur, c’est votre job et le mien. »

 

Par amour pour Marcia, il quitte son poste et la rejoint dans le camp de vacances des Pocono Mountains où tout semble idyllique. Ce Dieu que l’on invoque lors des obsèques du jeune Alan lui pose question lorsqu’il entend : «…la prière louant la toute-puissance de Dieu, louant sans bornes ni raison ce Dieu même qui permettait à la mort d’anéantir toutes choses, y compris les enfants. » Il est en colère contre ce Dieu et en débat avec Marcia : « Mais comment un Juif peut-il prier un dieu qui a jeté sa malédiction sur un quartier peuplé de milliers et de milliers de Juifs ? »

 

 

L’issue de cette histoire est terrible et magnifique à la fois. Philip Roth (photo ci-contre) pose bien tout le problème de l’intégration des personnes handicapées dans notre société, un problème qui, des années après, est loin d’être résolu malgré beaucoup d’améliorations.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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