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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 12:56

L’Exercice de la médecine par Laurent Seksik

Flammarion (2015). 339 pages

 

Déjà auteur de six romans, d’une biographie d’Albert Einstein et d’une pièce de théâtre (Les Derniers jours de Stefan Zweig), Laurent Seksik confirme son grand talent avec L’Exercice de la médecine.

L’auteur commence en alternance entre Ludichev (1904) et Paris (2015) où le docteur Léna Kotev doit dire la vérité au mari d’une femme dont la vie est menacée par un cancer implacable.

 

Plus d’un siècle auparavant, Pavel Alexandrovitch rentre de sa tournée de médecin, à cheval. Il repense à ses patients et aux maladies qui les frappent : apoplexie, diphtérie, typhus, vérole : « les tourments de la peste et choléra réunis dans une lenteur programmée. »

 

À plus de 40 ans, il se sent bientôt un vieillard : « Il avait soigné des légions de patients, empli un cimetière entier de ses semblables. » Rivka, son épouse voudrait qu’il travaille en ville mais Pavel est juif et les lois antisémites de 1882, promulguées par Alexandre III et renforcées par Nicolas II, lui imposent une zone de résidence. Qu’importe ! Il aime son travail et les gens qu’il soigne : « On l’aimait. Il était le dépositaire de la misère et des splendeurs de Ludichev. » Il pense à Mendel, son fils aîné, parti étudier en Allemagne : « Berlin était un nouveau monde, ouvert et libre, une terre accueillante pour les Juifs. »

 

Léna, arrière-petite-fille de Pavel est une femme en tension perpétuelle car elle se trouve à un carrefour où tout se joue. Prise entre passé et présent, elle est ouverte sur le monde extérieur et doit préserver son père, seule trace vivante d’un passé qu’elle porte sur ses épaules.

 

Peu à peu, Laurent Seksik nous fait partager tout un siècle où les malheurs se succèdent avec des gens qui, malgré tout, tentent de faire le bien autour d’eux. Il nous entraîne aussi à Berlin, entre 1920 et 1933, sur les traces de Mendel. Il nous parle des Thérapeutes, cette tribu juive d’Alexandrie massacrée sous le règne de Caligula, en 38 : « Leur Dieu avait créé la vie, prolonger la vie, c’était servir Dieu. Guérir, c’était servir Dieu. Et si – sait-on jamais ? – Dieu n’existait pas, c’était servir l’humanité. »

 

Natalia Kotev, sœur de Mendel, vient à Berlin où « Les parades militaires étaient aux Berlinois ce que la musique d’opéra était aux Viennois et le bal musette aux Français. » Elle est aussi médecin à Moscou et fera partie des victimes de Staline dans ce qui fut appelé « le complot des blouses blanches », en 1953.

L’auteur nous fait vivre aussi à Nice, en 1943, un îlot de paradis pour 25 000 Juifs, grâce aux Italiens. Tobias, fils de Mendel, raconte ce qu’il a vécu le 10 mai 1933, place de l’Opéra, à Berlin où les nazis brûlèrent des tonnes de livres de Zweig, Freud, Einstein, Werfel, Döblin, Marx ainsi que ceux d’autres auteurs communistes ou socialistes : « Le nazisme est une œuvre collective, pas le projet solitaire d’un dément, chacun dans son rôle, à sa place, peuple gangréné par la folie. »

 

L’Exercice de la médecine est un livre dense, passionnant, très instructif avec des pages pathétiques, une belle réussite littéraire signée Laurent Seksik (photo ci-contre) qui est lui-même médecin et donc aussi, un excellent écrivain.

Un immense merci à Ghislaine pour m’avoir offert ce livre aussi captivant qu’instructif.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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