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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:02

Les Prépondérants par Hédi Kaddour

nrf, Gallimard (2015). 459 pages

Grand prix du roman de l’Académie française 2015

 

Professeur de littérature française d’origine tunisienne, Hédi Kaddour (photo ci-contre), pour son troisième roman, réussit une vaste fresque qu’il situe dans les années 1920, en Afrique du nord, ce qui ne l’empêche pas d’entraîner son lecteur aux États-unis mais aussi en France et en Allemagne.

 

 

À Nahbès, ville fictive du sud, en bord de mer, Les Prépondérants ne sont pas près de lâcher les meilleures terres, tous les avantages accaparés, et c’est avec beaucoup de subtilité que l’auteur nous montre tous les maux de la colonisation.

 

 

Tout au long du roman, nous partageons la vie de trois femmes. Rania (23 ans) est veuve. Elle aime les livres en français mais lit davantage en arabe. Elle dirige une propriété de 900 ha, contre l’avis de Si Mabrouk, son père, et de son frère, Taïeb qui ne pensent qu’à la marier.

 

 

Les deux autres femmes importantes du récit sont Gabrielle, une journaliste féministe qui n’hésite pas à écrire ce qu’elle pense, et Kathryn, actrice américaine qui débarque à Nahbès avec toute l’équipe de tournage d’un film : Le guerrier des sables.

 

 

Les Prépondérants n’apprécient pas du tout l’irruption de ces Américains avec ces femmes délurées à la terrasse des cafés et ce Francis Cavarro, star du film, qui fait rêver les épouses des colons. Ils veulent faire interdire le tournage mais le Souverain et Paris protègent le travail de Neil Daintree, le réalisateur.

 

 

Nous suivons aussi le jeune Raouf, jeune intellectuel imprégné de culture française et arabe, qui se lie avec Ganthier, un colon éclairé qui emmène son jeune ami en France où les stigmates de la Première guerre mondiale sont encore bien présents. Raouf se lie avec les nationalistes, suit beaucoup de réunions politiques mais reste sur la réserve pendant que son père, Si Ahmed, déjoue magnifiquement les chausse-trappes préparés par le sinistre Belkhodja.

 

 

Lorsqu’ils passent de l’autre côté du Rhin, l’auteur décrit très justement toutes les erreurs commises par la France qui veut à tout prix faire payer les vaincus alors que cela ne suscite que haine et soif de revanche. Le face à face entre les civils allemands qui chantent La Marseillaise dans leur langue et la troupe française, est impressionnant.

 

 

Autre grand moment du livre qui n’en manque pas : la première projection publique d’un film à Nahbès. « Raouf se sentait mal à l’aise, pris entre ses réactions de familier du cinéma et celles des ingénus dont se moquaient les autres familiers heureux de pouvoir pratiquer la condescendance du petit-bourgeois progressiste ou celle du colon… »

 

 

La situation se dégrade : « c’est pas bon ces discussions entre Arabes et Américains, ça rend nos Arabes prétentieux ! » Après un terrible orage, l’auteur note très justement : « le malheur avait cessé d’agir, il s’était laissé regarder, on appelle ça un bilan. »

 

 

Peu à peu, l’Histoire s’emballe. Hédi Kaddour décrit avec talent l’évolution du nord de l’Ifriqiya et son livre permet de comprendre pourquoi la colonisation était une voie sans issue, un éclairage bien utile pour les temps présents et à venir.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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commentaires

zazy 16/09/2016 11:44

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