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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 14:57

Bilqiss  par   Saphia Azzeddine

Seuil (2015). 208 pages

 

Plongés, dès la première phrase, en plein procès, nous sommes avec celle qui est jugée : « Je n’ai rien fait de mal, je n’ai donc pas à me défendre. » Bilqiss parle et se confie, faisant ce constat terrible à propos de sa vie : « Elle m’avait été confisquée à ma naissance. » D’ailleurs, ses parents auraient préféré avoir un fils…

 

 

Le pays où se déroule ce drame n’est jamais cité mais nous sommes en Orient, dans un État qui applique la charia et la lapidation est requise pour punir Bilqiss d’avoir commis les délits suivants : du maquillage, des chaussures à talons, de la lingerie féminine, un portrait d’homme, des journaux, un recueil de poésie persane, du gingembre, une bougie parfumée, des cassettes de chansons, une peluche, des collants, un parfum, une pince à épiler, etc…

 

 

L’écriture de Saphia Azzeddine est simple, précise, efficace et happe le lecteur dès la première phrase. Le juge à qui revient la décision finale, fait traîner les choses. Il vient même voir Bilqiss dans sa cellule et entame un jeu trouble avec elle. On lui reproche d’avoir, un matin, remplacé le muezzin, complètement saoul, et, du haut du minaret, d’avoir adapté le texte officiel…

 

 

Dans la salle, les téléphones portables filment et les vidéos circulent sur le net. Bilqiss devient une icône en Amérique mais, sur place, ses réponses cinglantes et tellement justes et vraies lui causent 37 coups de fouet sur la place publique. Elle décrit la douleur, la honte, l’horreur et le juge vient la soigner…

 

 

C’est d’ailleurs lui qui prend la parole ensuite. Il raconte son parcours. Charpentier d’abord, il est devenu mouchard puis prédicateur renommé. Il a épousé Nafisa, l’institutrice, qui ne supporte pas qu’il ait fait brûler les archives de l’école : « Ça s’appelle l’histoire, Hasan, l’histoire ! » Plus tard, elle avait constaté : « Vingt-deux mosquées dans le village et pas un seul hôpital… Trouves-tu cela normal ? »

 

 

Avant que Bilqiss ne reprenne la parole, nous nous retrouvons subitement aux États-Unis avec Leandra Hersham, journaliste, fille d’une mannequin et d’un ponte du cinéma, qui vient de découvrir Bilqiss sur internet et se rend aussitôt sur place où elle doit porter la burqa. Elle voit en Bilqiss une femme « pauvre, veuve et marginalisée. Personne au village ne savait quoi faire d’elle. » Dans la rue, elle note : « l’arrière-goût du spectacle avait des relents de fin du monde. »

 

 

La question est posée : « Pourquoi lapider une femme pour une faute si peu grave ? » La précision est importante : aucune trace de lapidation dans le Coran : « Historiquement, la lapidation nous vient de la Loi juive. » Enfin, elle peut rencontrer Bilqiss mais le procès continue et le juge doit rendre sa sentence…

 

 

Merci à Cathy de m’avoir permis de lire Bilqiss.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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