Chronique littéraire - Annie Ernaux (2)

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Les Armoires vides par Annie Ernaux

Gallimard (1974) Folio (1984). 181 pages

 

Dans ce premier roman, Annie Ernaux écrit à la première personne du singulier mais dit s’appeler Denise Lesur alors que tout ce qu’elle écrit sera confirmé dans ses ouvrages suivants assumés sous son nom. Nous sommes déjà dans l’autobiographie avec le style efficace, précis qu’elle affirmera de plus en plus au fil des années, cette fameuse « écriture blanche » qu’elle revendique.

 

 

Denise Lesur est en train d’avorter : « Une fille de 20 ans qui est allée chez la faiseuse d’anges… Les bouquins sont muets là-dessus. » Le récit est haletant, bouleversant : « Il vivait bien le petit salaud, la lavette bourgeoise… La fille de l’épicier Lesur… Baisée de tous les côtés. » Reviennent alors tous ses souvenirs d’enfance avec, régulièrement, un rappel des souffrances endurées pour cet avortement qu’elle traitera vraiment dans L’événement.

 

 

Décrivant la vie dans le café-épicerie Lesur, elle nous fait prendre conscience de l’absence d’intimité. Parlant de sa mère, elle dit : « Une bonne commerçante, toujours affable, les coups de gueule pour mon père et moi seulement. » Mais il n’y avait pas que des inconvénients car : « tout était libre, gratuit, à portée de mes doigts et de ma bouche. » Elle parle de la messe du dimanche, de la confession et de ces péchés qui lui font croire qu’elle est impure. À l’école où elle réussit, ses camarades, Roseline et Jeanne, lui font bien sentir qu’elle n’est pas de leur milieu : « Les salopes, je faisais pourtant tout pour être bien vu d’elles, pour dissimuler que je n’étais pas comme elles. »

 

 

Peu à peu, elle se réfugie dans la lecture et les études et se met à mépriser ses parents : « Chez moi, on vend à boire et à manger, et tout un tas de foutaises, en vrac dans un coin…Le picrate à 11°, les pernods et les rincettes, ça voulait dire des jambes flageolantes, des dégueulis, de la pistrouille et des zizis avachis… J’ai toujours eu horreur d’aller les voir… gentils, tellement gentils… Étrangère à mes parents, à mon milieu, je ne voulais plus les regarder. »

 

 

Brevet en poche, elle change : « En seconde, j’ai commencé la chasse aux garçons, sans aucune pudeur. » Enfin, Guy, son flirt, aime le jazz, est élève de première mais : « Il avait mis 5 samedis et 2 dimanches pour décrocher le soutien-gorge. » Un autre amoureux qu’elle nomme Beaux-Arts, lui fait lire Sagan, Camus, Malraux et Sartre. Elle a 17 ans et avoue : « Je peux ouvrir la bouche sans crainte, il n’en sort plus ces bouts de phrases de la maison, ces intonations qui classent… Mieux, j’ai avalé l’argot des potaches… » Le Bac, les flirts, la fac de lettres, le dépucelage et la voilà enceinte… mais il faudra lire L’événement pour vivre la suite.

À suivre...

Jean-Paul

 

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