Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 19:52

La nuit de Walenhammes par Alexis Jenni

nrf – Gallimard (2015) 404 pages.

 

Quatre ans après le remarquable succès de L’art français de la guerre, premier roman décrochant le tant convoité Prix Goncourt, Alexis Jenni nous emmène dans le Nord de la France, près de la frontière belge, dans la ville fictive de Walenhammes.

 

 

Ce roman, très social, mêle plusieurs niveaux, allant du politique au fantastique, peut-être pour nous faire comprendre où nous mène l’évolution de notre société. Ainsi, nous suivons Charles Avril, journaliste vacataire, intellectuel précaire : « il enquêtait, il écrivait, il vendait. » Son métier est de plus en plus difficile à cause de la numérisation du monde qui « permet des copies parfaites, et étend sur toute la Terre l’empire de la trahison. »

 

 

Walenhammes est secouée par des événements de plus en plus étranges avec ces Brabançons qui transgressent toutes les lois, même les plus naturelles. Chaque chapitre possède son titre et son sous-titre précisant ce qui va se passer. S’ajoute aussi l’éphéméride de Lârbi apportant des commentaires très pertinents sur ce qui est en train de bouleverser notre monde comme cette course à la richesse : « Le maître dit : Ce n’est pas un crime que d’être riche. Mais cela le devient de croire qu’on ne le doit qu’à soi… »

 

 

Réflexions très pertinentes, scènes tendres très réussies entre Marie et Charles, sous la douche, à la piscine, Alexis Jenni aurait dû éviter certains épisodes très mystérieux, complètement décalés, pas vraiment nécessaires si ce n’est pour accentuer le chaos dans lequel se trouve cette ville désindustrialisée.

 

 

Avec « Les héros de l’industrie lourde », l’auteur rend un vibrant hommage aux ouvriers de fonderies, hommage qui fait penser à l’admirable chanson de Bernard Lavilliers, Les mains d’or : « Nous faisions cela : ramollir la pierre, fondre le minerai, recueillir du métal liquide.» Cette fabrication de l’acier au mépris de la vie humaine est superbement rendue avec des scènes d’un véritable enfer.

 

D’autres scènes ont le mérite de faire réfléchir sur le totalitarisme exercé par la grande distribution dans la course au plus bas coût : « Dans l’hypermarché bas coût, c’est le prix de vente qui compte, pas le coût de production qui suivra bien.. » Il en est de même avec Spando, l’usine qui fabrique du minerai de… viande. Et Lârbi souligne que « L’utopie du laisser-faire est un monde peuplé de fauves, d’esclaves et de sicaires qui s’entretuent pour la répartition des parts de marché. »

 

 

N’oublions pas l’usine Froid du Nord, excellente fabrique de glaces, délocalisée au… Maroc et qui est remplacée par un cube destiné à stocker des données créant enfin des emplois de… ménage pour les femmes et de gardiennage pour les hommes ! Le maire plastronne devant une telle réussite et Alexis Jenni note très justement : « C’est étrange que l’on veuille ce qui nous laissera seuls et dépouillés dans un monde dévasté. »

 

 

Heureusement, il y a Marie endormie dont « Charles sentait l’odeur douce de la sueur toute imbibée de plaisir. Le corps de Marie sentait la gaufre tiède, les épices douces, la fleur entrouverte… et pourtant, certains se déodorent et ceux-là ont tout perdu… »

Jean-Paul

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article

commentaires