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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 10:32

En vieillissant les hommes pleurent

par Jean-Luc Seigle

Flammarion (2012) 246 pages.

 

Jean-Luc Seigle nous propose de vivre une journée, le 9 juillet 1961, et la nuit qui suit avec Albert Chassaing (52 ans) et sa famille, plus quelques voisins. Nous sommes près de Clermont-Ferrand, dans le petit village d’Assys où tout le monde se connaît.

 

 

Albert Chassaing travaille « au noir » chez Michelin, est paysan comme son père et son grand-père mais excelle aussi à réparer montres et horloges. Avec Suzanne, son épouse, ils ont deux garçons. Henri, l’aîné, combat en Algérie. Gilles, le plus jeune, est encore scolarisé et dévore les livres. En ce moment, il est captivé par Eugénie Grandet.

 

 

Albert a vécu 4 ans et demi comme prisonnier de guerre en Allemagne. Quand il pense à Gilles, les larmes lui montent aux yeux car il l’impressionne. Alors que l’aîné a décroché un diplôme d’ingénieur, le second se distingue en poésie et par son imagination mais peine en orthographe.

 

 

D’une écriture simple et efficace, l’auteur captive vite son lecteur impatient de voir évoluer toutes ces personnes qui se croisent, se fâchent, échangent des souvenirs et suivent la passion de Suzanne pour la vie moderne. Elle rêve d’habiter un pavillon ou un appartement en ville, se débarrassant petit à petit de tout le mobilier de la ferme. La vieille table en chêne a été remplacée par une en Formica. Job, le chiffonnier devenu brocanteur avant d’accéder au rang d’antiquaire, n’a pas son pareil pour prélever les trésors du passé : « Étrangement, l’objet valait peu à l’achat, puis beaucoup plus à la revente. »

 

 

Le remembrement est à l’ordre du jour et c’est un sujet de dispute avec Liliane, petite sœur d’Albert, et André, son mari, qui sont pour. La dispute, au cours du repas dominical, est savoureuse, ce qui navre Suzanne car les convives oublient l’excellence du repas qu’elle avait préparé. Mais l’événement du jour est l’installation du premier poste de télévision du village, poste voulu par Suzanne car Cinq colonnes à la Une va diffuser un reportage sur la guerre d’Algérie et Henri doit y figurer.

 

 

D’autres personnages ont aussi un rôle important comme la mère d’Albert retombée dans l’enfance, Paul Marsan, le facteur-séducteur, M. Antoine, instituteur retraité qui va éveiller Gilles à l’Histoire et résoudre ses difficultés en orthographe, sans oublier Henriette Morvandieux, veuve de guerre qui a perdu un fils de 19 ans en 14-18.

 

 

En vieillissant les hommes pleurent, Albert le constate : « une incroyable pureté qui le lavait de tout » mais il ressasse toujours cette honte de la reddition sur la ligne Maginot que Gilles, enfant, nommait « L’Imaginot ». C’est le titre du dernier chapitre nous emmenant d’un bond en 2011, avec Gilles Chassaing, professeur de Lettres modernes à l’Université, livrant un cours extraordinaire sur le mensonge en politique à propos de la ligne Maginot : « Les soldats de la ligne Maginot ont été les premiers livrés aux Allemands par les autorités françaises. » C’est un formidable hommage et une mise au point que tout Français devrait lire.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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