Chronique littéraire - Sylvain Tesson

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache

Berezina par Sylvain Tesson

Éditions Guérin (2015) 199 pages.

 

Sylvain Tesson aime les voyages, le risque, le froid, la solitude et écrit très bien. Lorsqu’il s’intéresse à l’Histoire, il le démontre d’une façon complètement originale, unique, en refaisant la retraite de Russie de la Grande Armée napoléonienne, 200 ans après… en side-car !

 

 

Si le titre du livre se focalise sur cette rivière de Biélorussie de 613 km, affluent du Dniepr, son récit parcourt tout le trajet, de Moscou à Paris. Quant à ce cours d’eau dont le franchissement, par les troupes de Napoléon pour échapper à celles du tsar, en 1812, après de très lourdes pertes, son nom, Berezina, est resté synonyme de désastre.

 

 

Le moyen de locomotion adopté est « une motocyclette avec panier adjacent », de marque Oural, choisie parce qu’elle est un fleuron de l’industrie soviétique, produit depuis 1930, que l’auteur connaît bien. « On ne sait jamais si elles démarreront mais une fois lancées, personne ne sait si elle s’arrêteront. » Un peu plus loin, il ajoute que sa conduite donne « l’impression de se tenir à cheval tout en barrant un chalutier. »

 

 

Chaque lieu traversé donne prétexte à une évocation historique avec le très grand froid comme point commun. Avec Cédric Gras (écrivain) et Thomas Goisque (photographe), le départ de Moscou se fait le 2 décembre, jour du sacre et d’Austerlitz. La Grande Armée, constituée de 100 000 hommes et de milliers de civils, de chevaux et de fourgons a quitté Moscou le 19 octobre 1812. Les mémoires du sergent Bourgogne, de Caulaincourt et autres barons d’Empire nourrissent la documentation historique.

 

 

À Smolensk, Vassili et Vitaly, deux amis russes, rejoignent enfin les Français, chacun sur son side-car Oural. Sylvain Tesson en profite pour les taquiner : « Les Russes furent les champions des plans quinquennaux parce qu’ils étaient incapables de prévoir ce qu’ils allaient faire eux-mêmes dans les cinq prochaines minutes. » Au fil du texte, il souligne toute l’horreur de ces campagnes militaires : « Fous de souffrance, décharnés, gelés, mangés de vermine, ils allaient devant eux… » mais, semble-t-il, n’en voulaient pas à Napoléon, étant toujours prêts à l’acclamer.

 

 

Voici enfin le passage de la Berezina, près de Borissov : « C’était le théâtre de l’apocalypse et on aurait dit le Loiret, » constate l’auteur. Les 26 et 27 novembre 1812, les victimes se comptent par milliers : « Le froid tua les plus faibles et rendit fous les autres. » Puis le voyage continue, s’écartant un peu de la route historique pour se terminer dans la cour des Invalides, à Paris.

 

 

C’est le moment de se poser de nombreuses questions. « L’Empereur avait réussi une entreprise de propagande exceptionnelle… Il avait réussi à étourdir les hommes, à les enthousiasmer, puis à les associer à son projet. » Impossible de ne pas penser à d’autres drames de l’Histoire récente et à toutes ces vies sacrifiées… Pourquoi ?

Jean-Paul

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