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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 09:47

Les Sauvages  par Sabri Louatah

 Flammarion/Versilio.

Tome 1 (2012) 307 pages. Tome 2 (2012) 477 pages. Tome 3 (2013) 589 pages. Tome 4 à venir…

 

 

Si ce n’est encore fait, lancez-vous sans délai dans la lecture du roman fleuve de Sabri Louatah : Les Sauvages. Le quatrième volume est promis pour bientôt et tous ceux qui ont dévoré les trois premiers attendent impatiemment de savoir ce qui va arriver à Fouad Nerrouche et à Idder Chaouch, sans oublier sa fille, Jasmine, et la journaliste, Marieke, abandonnée en très fâcheuse posture tout en haut d’un rocher de la forêt de Fontainebleau…

 

 

Les Sauvages débute à Saint-Étienne, avec la famille Nerrouche qui se prépare pour le mariage de Slim, fils de Dounia, frère de Nazir, homme très mystérieux, et de Fouad, acteur à succès. Les noms se bousculent, se mélangent un peu car il y a du monde dans cette famille d’origine algérienne, kabyle plutôt, installée en France depuis cinquante ans.

 

 

Cette fin de semaine ne s’annonce pas comme ordinaire car, le mariage a lieu la veille du second tour de l’élection présidentielle, second tour qui devrait voir la victoire de Chaouch, député socialiste et maire de Grogny, en Seine-Saint-Denis. Grâce à son charisme et à sa façon très simple de se comporter avec tout le monde, il s’apprête à détrôner le sortant, un certain Sarkozy…

 

 

Tout cela serait trop beau s’il n’y avait le comportement bizarre de Krim et l’absence de Nazir pourtant frère du marié mais fâché avec Fouad. Le danger rôde autour de la fête et nous allons du quartier de Montreynaud à l’Hôtel de Ville où attendent Kenza, la mariée, et sa famille, avant d’aller chez la mémé Nerrouche puis à la salle des fêtes.

 

 

Plongés dans la vie stéphanoise grâce à la parfaite connaissance de cette ville où l’auteur est né et a vécu, nous avons droit au parler gaga avec le savoureux beauseigne, ponctué d’expressions ou phrases en kabyle et en arabe. C’est la vie des quartiers avec cette jeunesse très attachée à la famille mais remettant en cause les efforts d’intégration déployés depuis des décennies par leurs aînés.

 

 

Le tome 1 se termine avec le drame : la tentative d’assassinat de Chaouch. Krim était monté à Paris, a pris le taxi : «  Il avait l’air d’un chameau dans un escalier, » pour aller voir Aurélie avant d’être pris en charge par un rouquin…

 

 

Le tome 2 est de plus en plus palpitant. L’auteur nous fait vivre les intrigues dans les plus hautes sphères de l’État, au cœur des services secrets et de la guerre des polices. Les implications politiques sont de plus en plus inquiétantes. Le pays est secoué par des émeutes jamais vues alors que le Préfet de Police et le juge d’instruction chargé de l’affaire jouent au tennis chaque mardi.

 

 

Idder Chaouch a été élu avec 52,9 % des voix et 89,4 % de participation… mais il est dans le coma ! « C’était plutôt le soleil, dans un stupide retournement de situation, qui venait d’être kidnappé. » Si l’action revient parfois en Forez, nous voyageons aussi en Suisse car « un spectre hante l’Europe. » Les portraits sont toujours d’une précision impressionnante, souvent au vitriol et l’auteur ne ménage personne.

 

 

Le tome 3 est encore plus long bien que trop court pour le lecteur. En préambule, l’auteur nous ramène cinq mois en arrière, chez les Nerrouche qui font un repas pour Noël, même si Nazir trouve « bizarre de fêter Noël ». Rabia polémique « au sujet du voile dont se parent volontairement les jeunes filles d’aujourd’hui, alors que les générations précédentes avaient tout fait pour s’en affranchir. »

 

 

Le nom des Nerrouche étant devenu synonyme de terroriste, Fouad se trouve devant une situation inextricable. Lui qui avait vendu des sous-vêtements sur un marché puis été serveur, ouvreur dans un théâtre, animateur de MJC avant de réussir un casting surprise grâce à sa douceur et à sa bienveillance, il se retrouve fiché et suivi, suspecté même de faire partie d’un réseau terroriste.

 

 

Tout se complique avec Pierre-Jean de Montesquiou, jeune et diabolique directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, Marie-France Vermorel. La description des milieux parisiens est sans faiblesse. Il montre aussi comment sont traités les prévenus : « Le juge ne se soucie pas de la vérité… Une injustice vaut mieux qu’un désordre.» Fouad parle du retour de l’islam. Esther, l’épouse de Chaouch s’exclame : « Que sommes-nous devenus pour couvrir de boue un homme qui vient de regarder la mort en face ? »

 

 

Sabri Louatah, comme le groupe Zebda, rend hommage aux chibanis, les anciens en arabe : « jadis, ces hommes brisés ont reconstruit la France. » Droite et extrême-droite se rapprochent et menacent de priver la gauche de succès aux législatives car « l’opinion publique c’est comme un gros curé ivre mort, dites-vous bien qu’il suffit d’une pichenette pour la faire se retourner et regarder dans la direction opposée. »

 

 

« Chaouch, c’était la Fraternité de la devise républicaine » et il le prouve encore en affirmant à Fouad : « La foi de la jeunesse, les illusions de la jeunesse sont infiniment supérieures au prétendu savoir des cyniques. Car la lucidité des cyniques n’éclaire jamais qu’eux. » Les lignes écrites par Sabri Louatah sont belles et, en attendant la suite de cette saga valant bien tant de séries qui envahissent nos petits écrans, citons-le encore pour conclure : « Les rêves, c’est tout ce que nous avons pour nous barricader contre la mort… un par un nous les voyons se briser… Chaque rêve que nous formulons, nous le formulons pour survivre… »

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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