Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 13:59

L’Adversaire    par   Emmanuel Carrère.

P.O.L. (2000), 221 pages.

 

Le dernier livre d’Emmanuel Carrère, Le Royaume, où il évoque à plusieurs reprises ce qu’il avait écrit à propos de Jean-Claude Romand, a motivé la lecture de L’Adversaire.

 

 

Le samedi 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tue sa femme et ses deux enfants avant d’aller faire subir le même sort à ses parents et à leur chien. Partant de ce terrible constat, l’auteur détaille tout son cheminement pour tenter de comprendre l’homme qui a commis de tels faits sans se dispenser de raconter une vie basée sur un monstrueux tas de mensonges.

 

 

À Ferney-Voltaire, « les Romand ? Tout le monde les aimait. » Luc Ladmiral, le médecin généraliste du lieu, était le grand ami de Jean-Claude, parrain de sa fille, considéré comme une sommité dans le monde de la recherche. Tout le monde croyait qu’il travaillait à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à Genève, mais après qu’il eut survécu à l’incendie de sa maison, les vérifications établirent qu’il n’y avait pas de Dr Romand à l’OMS, qu’il n’était pas inscrit à l’Ordre des médecins et qu’il avait arrêté ses études à la fin de la seconde année…

 

 

Dans le Pays de Gex, banlieue résidentielle de Genève, en France, on ne veut pas croire ce qui apparaissait au grand jour à propos d’un homme disant fréquenter Bernard Kouchner et dont un prétendu cancer  était soigné par le Pr Schwartzenberg… Pas à pas, Emmanuel Carrère décortique cette vaste et dramatique imposture.

 

 

Six mois après les événements, il écrit à J-C Romand et ne reçoit une réponse que deux ans après car celui-ci vient de lire La classe de neige et a beaucoup apprécié. Une correspondance débute entre les deux hommes. Malgré la peur et la honte qu’il éprouve à vouloir écrire sur ça, Emmanuel Carrère se rend sur les lieux, parcourt les chemins forestiers du Jura où Romand passait ses journées, lui, le fils d’une famille de forestiers jurassiens.

 

 

Le livre retrace aussi la jeunesse de Romand, ses études, comment il réussit à s’attacher les faveurs de Florence qui deviendra sa femme. Ainsi, l’auteur décortique patiemment cette vaste supercherie si difficilement explicable, sans omettre de souligner les moments où tout aurait pu être découvert, évitant le drame final.

 

 

À force de ponctionner de grosses sommes d’argent à sa famille et à ses amis, l’étau se resserre : « Sans savoir d’où le premier coup allait venir, il savait que la curée approchait. » Il tue méthodiquement puis revoit Corinne, une femme connue à Ferney, qui vit maintenant à Paris et qui lui réclame de plus en plus fermement les 900 000 F (137 204 €) qu’elle lui avait confiés pour qu’il place cet argent dans une banque suisse, système déjà employé avec d’autres personnes crédules.

 

 

Condamné à perpétuité avec 22 ans de sûreté, Jean-Claude Romand est devenu très croyant, influencé par Marie-France et Bernard, visiteurs de prison, mais Emmanuel Carrère se demande si le menteur qui est en lui, L’ Adversaire, ne le trompe pas une fois de plus.

 Jean-Paul

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article

commentaires