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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 13:58

Vers la sobriété heureuse  par Pierre Rabhi.

Babel (2014), Actes Sud (2010) 163 pages.

 

« Les limites qu’impose – par sa constitution même – la planète Terre rendent irréaliste et absurde le principe de croissance économique infinie. »

 

Il faudrait que tous nos politiques et économistes aussi distingués soient-ils réfléchissent à cette phrase de Pierre Rabhi. Surtout, qu’ils en tirent les conséquences ! Pas un jour ne passe sans que nous soyons matraqués par des propos alarmistes parlant de croissance nulle ou tellement insuffisante que nous devrions avoir honte… Pourtant, Pierre Rabhi qui est agriculteur, écrivain et penseur, connaît notre planète au plus près et rejette ce « modèle qui ne peut produire sans détruire. »

 

Afin de nous emmener vers cette sobriété heureuse, l’auteur nous fait d’abord comprendre et partager ses origines, dans cette petite oasis du sud algérien, aux côtés d’un père forgeron mais aussi poète. L’auteur décrit parfaitement la fin d’un monde séculaire et cette modernité qui ressemble à une immense imposture. Ce qu’il est coutume d’appeler « les Trente glorieuses » n’a été, en fait, qu’un pillage des ressources abondantes puisées dans ce qu’on appelait pudiquement le tiers monde : « Surabondance et bonheur ne vont pas forcément de pair ; parfois même, ils deviennent antinomiques. » Au fil des pages, l’humour n’est pas absent comme lorsqu’il compare « la cravate à un nœud coulant symbolique de la strangulation quotidienne, une laisse »

 

Le drame de l’exil et l’aliénation du monde rural tiennent une large place. Il parle de l’arrivée massive des tracteurs de plus en plus énormes, des fertilisants, des pesticides, du remembrement, des semences sélectionnées.    Ce qui est appelé progrès serait-il une imposture ?

 

Pour le monde paysan, il ne faut jamais oublier que « le lien avec la terre nourricière fondé sur la modération et le respect sera garant non seulement de leur sueur mais aussi de leur dignité. » De plus, la modernité tente de subordonner un maximum de monde à la vulgarité de la finance. S’ajoute à cela une course frénétique contre le temps alors qu’il faudrait penser à reconquérir un temps réel, convivial et solidaire. Aujourd’hui, l’exemple d’internet est révélateur car cela peut donner le pire et le meilleur, montrant que notre monde dit moderne est le plus vulnérable qui ait jamais existé.

 

Cette sobriété heureuse qu’il appelle de ses vœux, Pierre Rabhi la base sur la réussite de son aventure ardéchoise qu’il décrit avec justesse et modestie. Une autolimitation volontaire de nos besoins est indispensable à condition de placer l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations. La solidarité compassionnelle aura une fin et n’est en aucun cas une solution durable : « Si l’on veut instaurer sur notre planète commune une équité inspirée par les impératifs moraux, on est amené à dire que tant que l’ensemble des êtres humains n’a pas accès aux ressources vitales, il y a spoliation. »

 

Ne se contentant pas de paroles, Pierre Rabhi termine son ouvrage en détaillant des réalisations concrètes inspirées par lui ou créées sous son impulsion : Les Amanins, Colibris, La Ferme des Enfants, Le Hameau du Buis, les MAPIC, le Mouvement des oasis en tous lieux, la monastère de Solan, Terre & Humanisme, le mas de Beaulieu… Ainsi, l’agroécologie n’est plus une utopie mais devient une nécessité à laquelle nous devons adhérer en nombre afin que notre société soit pérenne et puisse nourrir sainement sa population. Il en va du sort des générations futures.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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